Le fil des jours

Publié le par Laurageai

 

Krasnoïé 10 09 022

Mystérieux frisson du vent léger qui passe

Murmures épars et frais qui jamais ne se lassent

De bercer le printemps sur le fleuve des ans,

Au creux des vertes soies des grands prés renaissants.

Lumière récurrente de l’éternel enfant

Qui joue à naître encore pour mieux sembler mourir,

Tressant au fil des siècles les longs cheveux du temps,

Emportant nos vies brèves qui se piquent d’agir

Et brillent rarement dans ses patients détours

D’un éclat assez vif pour en percer le cours

L’espace d’un instant.

 

Que ferais-je d’une vie qui ne finirait pas ?

Et cherchant à durer, égarerait mes pas,

Hésitants, maladroits, chancelants, apeurés

Dans les lointains grisâtres des heures déjà comptées

Que le vieillard égrène en lorgnant les accrocs,

Dans le tissu des jours, béant sur son tombeau.

 

Que laisserai-je ici bas, quelle trace ténue,

Me suivra dans le noir, où je sombrerai nue,

Comme une bulle, une étoile, traversant l’infini,

De ténébreux ailleurs, de lointains paradis,

Quand mon corps au rebut, dans la terre allongé,

Ne pourra jamais plus se donner à l’été ?

 

Que verront mes yeux morts, que chantera ma bouche

Quand je pourrirai là, sur ma dernière couche ?

Mon cœur pourtant le sent, l’éternel nous attend

Et nous éclaire parfois de ses feux étonnants,

Par les fenêtres bleues des instants découverts

Au revers du présent où notre temps se perd.

 

Krasnoïé 2009

 

 

 

 

Publié dans Plus au nord - poèmes

Commenter cet article