Esperanza et Hope, désespoir des âmes sensibles…

Publié le par Laurageai

Il y a quelques temps, j’avais évoqué Esperanza, lévrier espagnol retrouvé dans un invraisemblable état de maigreur au fond d’un sac poubelle et lentement remis sur pattes par de charitables amis des bêtes. Les galgos, superbes chiens au caractère noble et doux, sont les souffre-douleurs de brutes ibériques qui leur font subir d’atroces sévices, si elles estiment que leur chien les a « déshonorées » aux courses ou à la chasse.

Dernièrement, des garnements, en France, ont trouvé distrayant de brûler vive une petit chatte nommée Hope, qui n’a pas survécu.

D’autres petits monstres ont abominablement torturé un chaton recueilli ensuite par la personne qui l’avait délivré. La pauvre petite bête, restée confiante et très douce, se remet de ses terribles blessures, mais restera borgne, car ces charmants enfants lui ont arraché un œil.

Dans les Dom Tom, les animaux sont affreusement maltraités et  servent d’appâts pour la chasse aux requins. Les dents de la mer, pour eux, ce n’est pas du cinéma. Ne me servez jamais de viande de requin, je vous la vomirai immédiatement sur la table…

La chienne Xena a vécu douze ans, toute sa pauvre vie de chienne, toute sa pauvre chienne de vie, enfermée sur le balcon de ses maîtres. Seule, exposée aux intempéries l’hiver, à la chaleur l’été. Et ces gens pouvaient ainsi vivre confortablement dans leur appartement, avec cette malheureuse créature en permanence derrière leur fenêtre, sans que cela trouble leur conscience. Ce qui comptait plus que tout, sans doute, c’était la propreté de leur carrelage. Difficile de croire, en voyant la bouille de Xena, qu'un chien puisse avoir cette expression de douceur désespérée et que des êtres humains aient pu y rester douze ans parfaitement insensibles.

On me dira que je réagis au malheur des bêtes mais pas à celui des humains. Si, cela me tourmente pareillement.  J’ai été révoltée par le sort d’Ilan Halimi, jeune juif séquestré et torturé à mort pendant trois semaines, et je ne doute pas que le gang des barbares se soit fait la main sur les chats et les chiens, avant de passer aux choses sérieuses.

J’ai été horrifiée par l’histoire de cette adolescente, enlevée et séquestrée, violée pendant des jours par toute une troupe de dégénérés à qui le tribunal a trouvé plein d’excuses et qui n’ont été l’objet que de peines légères dont ils ne feront pas la moitié. Je suis persuadée, là encore, que ses tortionnaires ont maltraité tous les animaux qui passaient à leur portée.

J’essaie d’éviter les détails, pour ne pas me perturber inutilement, ni perturber les gens qui pourront me lire, mais peut-on s’imaginer des gosses qui, lorsqu’un chaton leur tombe sous la main, lui font subir des choses pareilles ? Que faire d’enfants de cette sorte ? Peut-on même les considérer comme des enfants ?

Leur état de mineurs leur garantissant l’impunité jusqu’au jour où ils violeront leur voisine en réunion (ce pourquoi ils ne seront du reste guère punis, de toute manière), je ne verrais qu’une seule rééducation possible, ce serait de leur faire croire jusqu’au dernier moment qu’on leur fera subir exactement les mêmes sévices que ceux infligés au chat. Jusqu’à ce qu’ils se roulent par terre et se pissent dessus. Peut-être alors que la trouille les empêcherait de nuire. Mais pas sûr.

Ce genre d’histoires me poursuit pendant des jours. Je me sens sale. Mon âme est pleine d’angoisse et de colère. De honte. D’horreur. Ces affreuses créatures, dont on ne sait dans quel chaudron on a pu les cuire, au travers des souffrances de leurs innocentes victimes, répandent sur moi un acide qui me ronge des jours durant.

A l’église, la veille de l’Exaltation de la Sainte Croix, le film d’horreur continuait à se dérouler dans ma tête. Les chats, les chiens, l’adolescente. Ces criminels qui rôdent parmi nous, capables de n’importe quelle atrocité. Demain, si la situation le leur permet, ils s’en donneront à cœur joie. J’essayais de me concentrer sur les prières. Et j’y parvenais un moment, puis le démon me ramenait ces images de chaton éborgné et d’adolescente violée, de petits monstres ricanants, ignobles. Des enfants… D’où sortent des enfants pareils ? Je pensais au Christ : « Laissez venir à moi les petits enfants… » Les petits enfants d’accord, mais ceux-là ? Ceux-là ? De quel nom les appeler ? « Mon Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Mais si, ils le savent.  Quand on torture un être sensible pendant des heures, on a tout le temps d’apprécier l’effet que cela produit.  A leur âge, si j’avais seulement lu les détails d’une scène de ce genre, j’en aurais perdu le sommeil pendant des mois. La voir en réalité m’aurait fait perdre la raison.  Et si en état d’affect, j’avais pu tirer sur ces bourreaux, un coup de fusil, je n’aurais pu leur faire réellement subir ce qu’ils font aux autres avec délices.  Voir en eux le visage du Christ, leur pardonner, non. Pas possible. Au dessus de mes forces. Il est vrai que d'après un vieux prêtre russe, aimer ses ennemis signifie s'abstenir de rendre le mal pour le mal, mais pas forcément leur sauter au cou...

Quand je pense à l’abîme effrayant de toutes ces souffrances anonymes, je suis prise de vertige. On nous dit que lorsque nous mourons, toutes ces souffrances seront lavées, heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés. Mais les animaux que nous traitons de façon si abominable ? Le chiot impitoyablement entravé seul dans une cour au bout d’un mètre de chaîne ? Les ânes battus, les poussins broyés, les chats torturés, les animaux sauvages traqués, piégés, exterminés, les animaux domestiques parqués toute leur vie dans les élevages industriels, poussés dans les abattoirs vers une mort ignominieuse, quel sens donner à leur épouvante, à  leur douleur, si toute leur vie se résume à un atroce cauchemar entre le moment où ils sortent du néant et celui où ils y retournent ?

 

Publié dans nos frères cadets

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Isabelle 23/07/2016 23:11

Très belle réflexion sur l'horreur. Mais j'espère de toute mon âme que chiens, chats, baleine et grain de blé auront une place au Paradis - sinon, pourquoi exister ?