Noël aux Trois Gares

Publié le par Laurageai

Où est-elle mon église, son clocher dans l’hiver,

Perché sur le lacis des longs chemins de fer

Qui portaient vers l’Asie de somnolents trains verts ?

Où est-elle cette amie qui marchait à mon bras,

Sur le pont enneigé, allant à petits pas,

Corpulente et joviale, tandis que tout là bas,

Des fantômes pressés bousculaient les frimas,

Tordant leurs blancs cheveux dans les rayons des phares

Qui cherchaient dans la nuit le chemin des trois Gares.

 

Où sont les hautes vitres de la nef bleutée,

Fleuries de cierges d’or et d’encens embrumées,

Portes du paradis dans l’enfer retrouvées ?

Et sous l’iconostase, les sapins et les fleurs

Répandant alentour leurs prenantes odeurs?

Les douces auréoles et les sombres visages

Qu’éclairaient de grands yeux et de vagues lueurs,

Les enfants chahuteurs, les vieillards recueillis,

Les minces jeunes filles, si fraîches et si sages

Et les garçons barbus, aux beaux regards songeurs,

Les chasubles brillantes du clergé réjoui ?

 

Au retour, sur le pont, dans un brouillard cuivré,

Nous voyions suspendues, bien au dessus des voies,

Les lanternes géantes des hôtels éclairés,

Quelques points lumineux, ça et là clairsemés,

Bleus dans les serpents gris qui rampaient vers les gares,

Emportant des wagons jusqu’aux rigides barres,

Bétonnées par là bas dans les remous du froid.

Les croyants se hâtaient, évitant le verglas,

Les ivrognes hagards et les chiens affamés,

Vous marchiez à mon bras d’un pas mal assuré,

Mon cœur s’élargissait au son du carillon

Trébuchant, infini, s’envolant et tintant,

Retentissant tout clair au travers des flocons,

Et s’en allant quêtant par delà l’horizon,

L’étoile de Noël au faîte des nuées.

 2010

 

 

 

 

Publié dans Eglises- poèmes

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