Le Polygone de Boutovo

Publié le par Laurageai

 couverture Marianne

 

  Voici la couverture d'un des derniers numéros de Marianne, où l'on voit que les photos ont été choisies avec soin pour donner le frisson au lecteur français libre-penseur et éclairé. Allez hop, toutes les religions et tous les religieux dans le même sac, histoire de ne faire de peine à personne. Le grand danger, messieurs mesdames, c'est le fanatisme religieux, qui est la chose du monde la mieux partagée. Et voici, publié par le magazine orthodoxe russe Foma (Thomas), les photographies de quelques uns des  chrétiens orthodoxes russes, abattus au polygone de Boutovo, comparez et méditez.

 

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  Ces clichés ont été pris quelques heures avant que ces gens mourussent victimes d'un pouvoir laïque totalitaire, regardez leur fermeté, leur tristesse et leur noblesse. Ils étaient des milliers, hommes, femmes, prêtres, moniales, paysans, intellectuels, dont le seul crime était de croire en Dieu et de pratiquer leur religion. Ils étaient la fleur de la Russie, son esprit et son âme.

 

 Il n'y a pas eu de procès de Nuremberg, pour leurs bourreaux. Et peut-être sont-ils tombés dans la fosse commune de Boutovo, en les bénissant et en leur pardonnant.

 

Marianne publie la carte mondiale des pays travaillés par le fanatisme religieux. La Russie, de par sa taille, y fait une énorme tache rouge, une grande muleta sous le muffle du taureau anticlérical. Cela n'est pas honnête. Car si j'ai vu en Russie des fanatiques et des bigots, la religion orthodoxe n'a jamais fait beaucoup de prosélytisme et ne menace guère la planète. La religion orthodoxe  demande seulement qu'on lui fiche la paix. Qu'on ne la trouve pas assez moderne, pas assez ouverte aux dogmes politiquement corrects des occidentaux est une chose, mais les popes ne lancent pas de fatwas et ne font pas sauter les avions. Ils coexistent ici avec les rabbins, les imams, les chamanes et les lamas sans grands problèmes. Ils ont l'habitude.

 En revanche, des prêtres orthodoxes se font régulièrement assassiner, encore de nos jours, soit par des satanistes, soit par des bandits, soit par des musulmans fanatiques, comme récemment le père Syssoïev. 

 

 Mais à quoi bon en écrire des pages? Il suffit de regarder, et de comparer.

  Pour ma part, en France, j'ai souffert bien davantage de l'intolérance des anticléricaux que du fanatisme religieux. Les  régimes les plus meurtriers du XX° siècle, et sans doute de tous les temps, étaient des dictatures antireligieuses.

  Un être d'une grande élévation spirituelle ne recourt jamais à la violence contre qui que ce soit.  Cela ne lui vient même pas à l'esprit. S'il est violent, c'est que sa "religion" relève beaucoup plus de l'idéologie politique que de la vie spirituelle.

 

 Le polygone de l'histoire.

article du journal Foma, traduit par mes soins. 

 

Milieu des années 30:

  Les habitants des agglomérations de l'actuel Boutovo se voient signifier que, non loin de leurs maisons, sera installé un polygone de tir du NKVD. Peu de temps après, une grande parcelle de terrain est entourée d'une palissade aveugle surmontée de fil de fer barbelé, apparaissent des postes de sentinelles. Il est possible que les premières exécutions aient eu lieu dès1935.

1937

  Le commissaire du peuple aux affaires intérieures Ejov signe l'arrêt N° 00447, sur "la solution finale du problème des ennemis intérieurs de l'Union Soviétique". On commence à fusiller massivement au polygone de Boutovo.

  D'après les tirs de nuit, les cris qui parfois leur parviennent, les allées et venues de camions bâchés, les habitants  commencent à comprendre que, derrière la palissade, se passe quelque chose de terrible.

Août 1937-octobre 1938

Au cours de cette période, on fusilla, au polygone, 20765 personnes, parmi lesquelles un millier de prêtres et séculiers de l'église orthodoxe. Certains jours, les gens étaient fusillés par centaines. ainsi, le 28 février, furent abattues 562 personnes. On a des témoignages selon lesquels, dans ces périodes particulièrement actives, les éxécutants ne pouvaient plus faire face à leur travail et utilisaient des voitures-étouffoirs: les détenus, avant d'être emmenés au polygone, étaient liés et jetés dans une fourgonnette fermée dans laquelle on faisait entrer le tuyau des gaz d'échappement...

  On ne leur disait ni ôù ils allaient ni pourquoi. On appelait les prévenus ammassés sur le polygone un par un, chaque bourreau conduisait sa victime au bord de la fosse et tirait à bout portant. A la fin de la fusillade, un bulldozer recouvrait la fosse d'une fine couche de terre.

  1938-1991

  Bien que cela ne soit pas confirmé par des documents, on est fondé à supposer que les éxécutions se poursuivirent à Boutovo jusqu'au milieu des années 50 et la quantité de victimes plusieurs fois supérieure. Jusque en 1991, le territoire du polygone appartenait aux services de sécurité et se trouvaient sous bonne garde. En dépit du secret rigoureux qui entourait les évènements de cette période, il nous est parvenu des témoignages selon lesquels on établit à cet endroit, sur les fosses communes, des cultures de fraises, des vergers de pommiers et une porcherie.

  1991

  En octobre est édicté une loi de la Fédération de Russie sur "la réhabilitation des victimes des répressions politiques." On reçoit l'information qu'ont été découverts, dans les Archives Gouvernementales, 18 livres  tenant le compte des éxécutions, dans lesquels sont citées 20765 personnes.Il apparut bientôt que ces personnes avaient été éxécutées précisément au polygone de Boutovo

  1993

  En juin, les parents des disparus reçurent les premiers l'autorisation de visiter le polygone (ce territoire resta la propriété du NKVD-FSK-FSB et demeura fermé au public jusqu'en 1995).

  Sur la terre couverte de mauvaises herbes fut allumé le premier cierge.

  A l'automne, sur une petite surface nettoyée des herbes et des ordures, apparut une petite plaque commémorative.

  1994

  On dresse sur le polygone une grande croix. L'architecte du projet  en est Dmitri Chakovskoï, le fils du prêtre Mikhaïl Chik, fusillé au polygone.

  1995

  Le territoire du Polygone est remis à l'Eglise Orthodoxe. Le 25 juin, dans un sanctuaire mobile en toile, on y célèbre la première liturgie.

  Parmi les fosses communes, on commence la construction d'une église en bois.

  1996

  Le 11 décembre, jour de célébration du saint nouveau martyr Séraphim (Tchitchagov), à la tête d'une foule de nouveaux martyrs de Boutovo, on consacre l'église aux Saints Nouveaux Martyrs de Russie. Le prêtre en charge de cette église est Kirill Kaleda, petit-fils du saint prêtre et nouveau martyr Vladimir Ambratsoumov.

  1997

  Avec l'autorisation du Patriarche, on effectue les fouilles archéologiques restreintes (12 m2) d'une des fosses communes. On y trouve les restes de 140 personnes. Les corps étaient disposés en cinq couches et couverts de vêtements et d'ordures. On a trouvé jusqu'à maintenant 13 fosses communes sur le polygone.

  2000

  Le Concile de l'Eglise Orthodoxe de Russie prend la décision de canoniser 129 écclésiastiques et séculiers qui étaient morts pour la foi à Boutovo.

  Le 27 mai, on y célébra un service solennel que dirigeait le patriarche. Depuis le très saint père y célèbre chaque année, l'un des samedis de la période pascale, une liturgie à ciel ouvert.

  2004

  Le 15 mai, on y pose la première pierre d'un nouveau sanctuaire, en la présence du patriarche Alexis et du métropolite Laur, chef de l'Eglise Hors-Frontières, venu en Russie pour la première fois.

  2007

  Le 19 mai, on consacre le nouveau sanctuaire des Saints Nouveaux Martyrs de Russie à Boutovo.

  Du 25 juillet au 8 août, une procession se déroule des îles Solovki à Boutovo. Elle amène une grande croix, fabriquée et bénite aux Solovki pour être dressée près du nouveau sanctuaire.

  Aujourd'hui

  A l'heure actuelle,  332 chrétiens orthodoxes, fusillés au polygone, ont été canonisés. Le travail d'enquête du Synode, à propos des nouveaux martyrs de Boutovo, se poursuit.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans le meilleur des mondes

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