« Avatar » et « l’asile des chats » : le paradis est plus proche qu’il ne semble.

Publié le par Laurageai

Un article du magazine russe Foma (Thomas) « le magazine orthodoxe à l’usage de ceux qui doutent ».

Par le hiéromoine Dimitri (Perchine) vice-président de la Fraternité des Trappeurs Orthodoxes

Traduit par mes soins 


 

 

« Avatar » nous apporte une bonne nouvelle : la population de la Terre est bien meilleure que ne nous le raconte « la boîte à zombifier ». Malgré les efforts déployés pour nous convaincre de l’universelle décadence des mœurs (pour ainsi dire, tout est centré sur les peoples), les indicateurs des tiroirs-caisses nous démontrent le contraire : les gens préfèrent le bon cinéma, même avec des intonations amères.

 

Quelques exemples de ces dernières années : « la Passion du Christ », les adaptations de Tolkien et de Lewis, « l’île »… Et maintenant « Avatar ». D’un côté, les héros sont, en quelque sorte, campés selon les lois du genre, et leurs rôles emphatiques et prévisibles. Mais d’un autre côté, ni « sexe », ni « violence », et les spectateurs y vont pourtant en masse… qu’est-ce qui les accroche dans le film de Cameron, par ailleurs si simpliste ?

Avec les trappeurs, (de la Fraternité des Trappeurs Orthodoxes), nous avons aussi regardé « Avatar » et nous avons compris : c’est un film à notre sujet. En tous cas, c’était précisément là leur réaction. Le fait est que, parmi les règles des trappeurs orthodoxes, il en est une qui dit : le trappeur est l’ami de la nature.

Le fantastique nous rapproche de la réalité, comme une longue vue ou comme le format 3D dans lequel « Avatar » nous est montré. Le format 3D donne non seulement une sensation de volume mais celle d’une complète immersion dans le monde virtuel. Sur nous tombent des gouttes de pluie, autour de nous planent des ptérodactyles, des roches volantes et des semences intelligentes, sifflent des balles, en dessus et au dessous de nous passent des hélicoptères… Les conceptions philosophiques de Cameron prennent vie dans son système d’images et de métaphores.

L’idée « d’Avatar » est simple : l’homme s’est retranché des rythmes naturels, s’est mué en consommateur et a tué la Terre. Et maintenant, il élargit son expansion aux autres planètes, dont l’une d’entre elles lui oppose une résistance. Les sous-sols de la planète Pandora, qui recèlent un minéral extrêmement précieux, dont la vente produit des bénéfices phénoménaux qui font bondir les index boursiers, deviennent l’objet de sa convoitise.

Cependant le monde de Pandora n’est pas technologique. Il ressemble davantage à un cerveau qu’à un corps céleste. Sur Pandora, tout est relié : l’énergie et les informations se transmettent et s’accumulent dans une espèce de substance vivante. Elle réunit tout : les plantes, les oiseaux, les bêtes et les pandoriens doués de raison. Ces derniers rappellent extérieurement les indiens, mais à la différence de ceux-ci ne sacrifient à leur planète ni les autres ni eux-mêmes.

Au sein des envahisseurs se manifeste tout à coup un groupe d’opposition, dont la sympathie va à la beauté massacrée. Ces gens prennent le parti de la civilisation condamnée. Le héros principal reçoit un corps de pandorien, fait connaissance avec les habitants de la planète, gagne leur confiance, trouve l’amour. Et, connaissant tous les secrets et tous les points faibles de l’armada de terriens, prend la tête de l’armée de pandoriens qui n’ont pour toute défense que des arcs et des flèches, leurs lézards volants et leur intégrité.

Des chefs américains facilement reconnaissables font de Pandora une sorte de Vietnam. Pourtant, malgré toute leur puissance, leurs forteresses volantes, leurs robots-tueurs, leurs gaz et leurs explosifs, ils subissent une défaite. La beauté triomphe. Pandora est sauvée, et le héros principal passe pour toujours de son apparence humaine à celle de pandorien.

En fait, Cameron retourne le sujet habituel et récurrent d’une invasion extraterrestre malfaisante dans notre monde humain. Cette fois ce sont les hommes qui jouent ce rôle, en s’introduisant dans le monde de la nature vivante. Mais en réalité cela se produit constamment, et pas quelque part sur une autre planète. Cela se produit maintenant et ici sur la Terre. Et pas seulement dans les forêts amazoniennes mais dans notre vie quotidienne : et les chiens abandonnés ? Et les décharges « sauvages » un peu partout ? Et les pelouses piétinées ? Ce qui se passe au-dedans se voit au dehors. Mais si notre dégradation ne rencontre pas de limites, sur la planète Pandore se trouvent des forces capables de s’y opposer.

  C’est comme cela, à toutes les époques, dans les contes, le bien triomphe du mal, le petit du grand, le faible du fort, le malin de la brute et l’honnête du retors. Et c’est là que réside le secret de l’âme humaine : elle est prédisposée à l’Evangile. Ainsi le supposait John Ronald Rowell Tonkien, je ne fais que partager son avis (cf. son essai « les contes merveilleux »)

Mais quelquefois, sur la Terre, les meilleures attentes des gens, même si c’est rare, prennent forme et vie. Comme de juste, cela se produit là où l’on se conforme sa façon de considérer les plantes et les animaux au dessein du Créateur. Puisque Cameron a doté les habitants intelligents de Pandore d’une apparence « féline », je prendrai pour exemple le terrien « couvent des chats », sur l’île de Chypre.

Ces dernières décennies, à Chypre, on a redonné vie à la coutume antique : on amène les chats malades, infirmes ou abandonnés au monastère de femmes situé sur la presqu’île d’Arkothiri, près de la ville de Limassol. Les sœurs soignent les malheureux et les lâchent dans le grand jardin du monastère, clôturé par le complexe des différentes églises et bâtiments afférents. Ce jardin, contre toute attente, n’est pas planté d’oliviers, qui entourent par ailleurs le monastère, mais de bougainvillées, buissons persistants aux radieuses fleurs violettes. On pénètre dans le paradis terrestre des chats par une arche, fermée par un portail de bois ajouré. Il joue un rôle de soupape de sûreté : les chats se glissent d’un côté ou de l’autre, mais les touristes et les pèlerins ne peuvent le franchir, bien qu’il laisse tout voir…

En novembre 2008, j’eus le bonheur de faire un séjour dans ce couvent saint Nicolas le Thaumaturge, refuge des chats de tous poils. Quand nous parvînmes au portail, pas le moindre chat en vue. Mais notre déception fut de courte durée : nous commencions à peine à discuter des « causes de l’absence des chats », que soudain, comme par un coup de baguette magique, s’en profila un, puis bientôt treize autres, et enfin tout l’espace devant le portail se mit à grouiller de chats, de chattes et de chatons de toutes tailles et de différentes couleurs.

Par leur apparence, ils nous signifiaient clairement qu’ils étaient  occupés par leurs propres affaires, et que leurs museaux fissent allusion de manière expressive à la possibilité d’un morceau de poisson, c’était là  le fait de leur nature et nullement le résultat de notre visite. Comprenant qu’ils n’obtiendraient pas de poisson (notre contribution au monastère et à l’entretien des chats, nous l’avions déjà donnée aux sœurs), l’assemblée de chats commença à se disperser. Et sa partie la plus affectueuse, passant au travers du portail, vint en ronronnant se frotter contre nos jambes ou se coucher dans nos bras.

C’est cela, la symbiose qui se transforme en synergie. Les moniales prennent soin des chats, les chats attrapent les serpents et démontrent aux pèlerins que le paradis est plus proche qu’on ne le pense.

Si l’on en revient aux trappeurs (scouts, éclaireurs, vitiaz) leur souci de la nature est cette même conservation de la conscience humaine par rapport aux choses créées que décrivait abba Dorothée. Si l’expérience de la prière vient remplir cette attention aux êtres vivants, la concentrant non seulement sur la nature (comme dans le film « Avatar ») mais sur son Créateur, (comme dans le monastère chypriote) le mot « écologie » prend son sens biblique. Dans tous les cas, ces petits groupes d’enfants et d’adolescents qui s’efforcent de garder une conscience dans un monde qui désapprouve au plus haut point ses moindres manifestations, se trouveront beaucoup de choses en commun avec les bons héros du film « Avatar ». Peut-être cela les aidera-t-il à résister.

En ce sens, Cameron a raison : à l’époque de l’urbanisation, le souci des hôtes domestiques (ou non) que le Créateur nous envoie nous donne la possibilité de rester des hommes.

Je publie cet article en réponse à un autre article sur ce film, que je n'ai pas encore vu. Je partage les conclusions du père Dimitri Perchine et je pense depuis longtemps que les extraterrestres, c'est nous. Car nous nous sommes placés à la fois en dehors de la Terre et en dehors de Dieu. Corps étranger à l'organisme terrestre, nous le rendons malade, à la façon d'une prolifération cancéreuse. Les écologistes accusent souvent le christianisme d'avoir séparé l'homme de la nature et d'en avoir fait son nuisible le plus actif, en le plaçant au sommet de la création. Je ne suis pas d'accord avec ce point de vue, car les Romains, quoique païens, n'avaient aucun respect de la création. Je dirais même que c'est par le retour à la romanité et au paganisme latin qui a marqué le Renaissance que nous en sommes peu à peu arrivés là. Car l'hoimme vraiment spirituel respecte toujours les autres créatures. Saint Silouane regardait avec sévérité et tristesse son disciple saccager machinalement et sans nécessité les orties sur le bord du chemin.Le père Vsévolod Schpiller écrivait: "Chaque chose ici bas a son ange."

Publié dans le meilleur des mondes

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